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Une planche de bois percée de petites arcades, posée à plat. On vise l'une des ouvertures avec une bille. Ce jeu a été décrit en 1852, et il ne demande ni terre à creuser ni grand espace.
Ce que la surface commande à la règle
En 1852 paraît à Londres, chez Darton and Co., la seconde édition d'un recueil de William Martin, The Book of Sports. Sept jeux de billes distincts s'y suivent au sommaire. Le premier, Ring Taw, réclame « a circle should be drawn about four feet in diameter », un cercle d'environ quatre pieds tracé au sol, avec un cercle intérieur de six pouces au centre. Le troisième, Three Holes, demande de creuser « three small holes about four feet apart ». Le quatrième, Arches, ne demande rien de tout cela.
Le même objet, donc, et des emprises au sol sans commune mesure. C'est le premier point de cet article : dans ces jeux, la surface participe directement à la construction de la règle. Elle fixe les distances, la cible et, parfois, le nombre de billes qui changent de main.
1852 : une planche percée d'arcades
Voici comment William Martin décrit Arches ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) : « To play arches, the players must be provided with a board of the following shape, with arches cut therein; each arch being a little more than the diameter of a marble, and each space between the arches the same. » Une planche, des arcades découpées dedans, chacune à peine plus large qu'une bille, séparées par un intervalle de même dimension.
Le règlement économique tient en une phrase : « The boy to whom the bridge belongs receives a marble from each boy who shoots, and gives to each the number of marbles over the arches should they pass through them. » Le propriétaire du pont encaisse une bille par tir, et paie le nombre inscrit au-dessus de l'arcade franchie. Le barème est donc écrit sur le matériel, pas négocié avant la partie.
Il faut s'arrêter où la source s'arrête. Une planche se transporte, c'est vrai. Mais le recueil de William Martin s'intitule Out-door Sports, jeux de plein air, et il ne dit nulle part où cette planche était posée. Nous n'en savons rien.

Un siècle plus tard, une planche comparable en Australie
La revue Play and Folklore n° 54 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), publiée par le département Histoire et Technologie du Museum Victoria et rédigée depuis l'Australian Centre de l'Université de Melbourne, consacre son numéro d'octobre 2010 aux billes. Elle y reproduit avec autorisation la page de Horsham Primary School, dans l'ouest de l'État de Victoria, où le mois de mars est le « Marbles Month ». Dans la liste des jeux que les enfants disent connaître figurent « Marbles Arches » et « Bounce Eye ». Deux noms déjà au sommaire de 1852 : Arches et Bonce-Eye.
Le même numéro publie le souvenir d'un lecteur, Scott, scolarisé à Sydney à la fin des années 1950. Il décrit une planche fabriquée par les enfants ou par leur père : environ 600 millimètres de long sur 150 de haut, huit ouvertures en demi-cercle découpées le long d'un grand côté. Depuis deux mètres, le joueur vise l'une des ouvertures avec sa bille, et, écrit-il, « these reward numbers were written above each hole in the board ». Les ouvertures les plus étroites rapportent le plus.
Ce témoignage est un souvenir, publié comme tel par la revue. Il vaut pour ce qu'il est : la trace d'une pratique, pas un règlement officiel. Mais il décrit en Australie une planche à barème qui présente plusieurs ressemblances avec celle publiée à Londres un siècle plus tôt, sans permettre d'établir un lien historique entre les deux.
Sur un plateau, la bille change de métier
Troisième surface, tout autre. Une notice du Répertoire du patrimoine culturel du Québec ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) décrit une bille de verre polychrome de 1,74 centimètre, mise au jour dans la maison Paradis, sur le site de Place-Royale à Québec, et produite dans la seconde moitié du XIXe siècle. La notice ne détermine pas l'usage particulier de cet objet : dans sa rubrique générale « Fonctions / usages », elle indique que les billes peuvent aussi faire partie de jeux de stratégie pour adultes, notamment les dames chinoises. Elle ajoute qu'à Place-Royale, les billes sont employées dès le XVIIIe siècle dans différents jeux d'adresse et de stratégie.
Ici, la surface n'est plus un sol tracé ni une planche de tir : c'est un plateau, avec ses cases et ses trajets. La bille n'est plus un projectile, elle devient un pion. Trois surfaces, trois métiers pour le même objet, et il vaut mieux ne pas les confondre : le cercle tracé, la planche percée, le plateau.
Ce que cela change
La surface ne dit pas pourquoi on joue. Elle dit ce que la règle doit prévoir : d'où l'on tire, ce qu'on vise, ce qu'on gagne. Dans les exemples réunis ici, changer de surface transforme donc une partie de la règle, sans que les billes disparaissent du jeu.
Des surfaces de plein air, le sable et l'herbe, nous avons parlé ailleurs, en ouvrant l'été sur la plage. Et lorsque ce sont les joueurs qui s'arrangent entre eux plutôt que le matériel qui tranche, c'est encore autre chose : nous l'avions raconté au jardin, où chacun a sa règle.
Sur cette planche percée, le barème n'a pas à être décidé avant chaque partie : il est écrit au-dessus des trous.
Avez-vous déjà joué aux billes sur une planche ou sur un plateau, plutôt qu'au sol ? Racontez-nous en commentaire à quoi ressemblait le matériel, et qui l'avait fabriqué.
Pour aller plus loin
- William Martin, The Book of Sports, 1852, texte intégral ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), les sept jeux de billes et leurs emprises au sol
- Play and Folklore n° 54, octobre 2010, Museum Victoria (PDF) ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), une planche à barème décrite en Australie
- Notice « Bille », Répertoire du patrimoine culturel du Québec ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), quand la bille devient un pion
Chez MesBilles
- Billes sur le sable : ouvrir l'été sur la plage, une autre surface, une autre règle
- Au jardin, chacun sa règle, quand ce sont les joueurs qui tranchent
- Toute la Gazette de MesBilles, notre blog éditorial événementiel

L'œil MesBilles
Dites-nous sur quoi vous jouez, et regardons ce que cette surface change à la partie.
Sources
- William Martin, The Book of Sports: Containing Out-door Sports, Amusements and Recreations, seconde édition, Londres, Darton and Co., Holborn Hill, 1852 ; édition numérique Project Gutenberg, ebook n° 25068. Consulter le texte intégral ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Play and Folklore n° 54, octobre 2010, revue publiée par le département Histoire et Technologie du Museum Victoria, rédaction June Factor, Gwenda Beed Davey et Judy McKinty, Australian Centre, Université de Melbourne ; dossier « Marbles at Horsham Primary School », pages 4 à 7. Consulter le numéro (PDF) ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Notice d'objet « Bille », n° archéologique CeEt-192-3M3-2192, maison Paradis, site de Place-Royale, Québec ; Répertoire du patrimoine culturel du Québec, ministère de la Culture et des Communications du Québec. Consulter la notice ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Crédits visuels : visuels MesBilles.